Larglinda Vladi
La fabrique des villes post-socialistes à l’ère du néolibéralisme : le cas de Tirana.
À Tirana, capitale de l’Albanie, les transformations urbaines contemporaines s’inscrivent dans un paysage marqué par la superposition de strates historiques, politiques et architecturales hétérogènes. Bâtiments hérités du socialisme, vestiges de la ville pré-moderne et projets issus de la transition post-socialiste coexistent, générant des tensions au sein d’un espace urbain en recomposition permanente. Depuis les années 1990, et plus intensément au cours des deux dernières décennies, les politiques néolibérales ont remodelé la ville, mobilisant l’architecture et l’espace public comme instruments centraux de gouvernance, de représentation et de production d’imaginaires collectifs. Ces interventions structurent l’espace selon des logiques économiques et symboliques tout en négociant les rapports entre mémoire, patrimoine et modernité.
Une strate récente, incarnée par la Rilindja Urbane, superpose de nouveaux gestes architecturaux, dont la grammaire formelle et symbolique sert les logiques du capitalisme transnational, en produisant et diffusant un type particulier d’imaginaire urbain. Festivals, concerts, tours, mobiliers éphémères et branding urbain redéfinissent ainsi les usages et la perception de la place et de l’espace public, tout en coexistant avec les résistances citoyennes et les constructions en cours.
À l’heure d’une intensification des controverses urbaines à Tirana, ces dynamiques mettent en évidence la dimension politico-économique de la fabrique urbaine, entendue comme un champ de rapports de pouvoir et d’intérêts économiques.
Dans un contexte global où le néolibéralisme agit comme un régime de production urbaine articulant flux financiers, formes architecturales et imaginaires collectifs, Tirana apparaît comme un cas extrême rendant particulièrement visibles ses effets sur la production, l’usage et la symbolique de la place urbaine.
Sur le plan méthodologique, la recherche combine un travail archivistique, une enquête ethnographique et le recours à des méthodes visuelles (photographie, croquis, film), complétés par la « cartographie des controverses ». Inspirée des Science and Technology Studies (STS), cette approche permet d’analyser les relations politiques urbaines à travers les interactions entre usages, langage architectural et pouvoir.
